Le Cinéma de la Cruauté ou La Rupture avec l’Essai

À ma 3e session au CEGEP Montmorency, ma professeure de français, que je n’appréciais guère, m’introduit à Antonin Artaud et au Théâtre de la Cruauté.

Artaud: Ancien surréaliste, acteur dans de nombreux films (pour entre autres Abel Gance, Carl Theodor Dreyer), chef de file du Théâtre de la Cruauté (qui influença notamment Beckett, Robert Lepage et Wajdi Mouawad). Mais aussi acteur névrosé, dont les traits ont été mutilés par les drogues et les nombreux séjours en psychiatrie où il subit plusieurs fois des traitements par électro-chocs.

« Ce qu’il faut, c’est retrouver la vie du théâtre, dans toute sa liberté. [...]
Il faudrait changer la conformation de la salle et que la scène fût déplaçable suivant les besoins de l’action. Il faudrait également que le côté strictement spectacle du spectacle fût supprimé. On viendrait là non plus tellement pour voir, mais pour participer. Le public doit avoir la sensation qu’il pourrait sans opération très savante faire ce que les acteurs font. »

En plus de ses essais sur le théâtre, Artaud regardait le cinéma narratif avec la même lucidité critique:

« Faire servir le cinéma à raconter des histoires, une action extérieure, c’est se priver du meilleur de ses ressources, aller à l’encontre de son but profond. »

Ce qu’on essayait de faire avec les essais, c’était le meilleur «produit» possible en utilisant les moyens de production les plus pauvres et limités. On ne pouvait appeler ça du cinéma, car notre mise en scène était mal définie, alors que le cinéma dit narratif et conventionnel nous propose une mise en scène mieux défini (pivot 1 et 2, les acteurs, si c’est un rêve qu’on voit, on doit le savoir, etc). Mais le problème c’est que durant tout ce temps, on parlait d’esthétique alors que tout était en fait une question de mise en scène.

Par exemple, on trouve que Tarkovski et Bergman font du cinéma dit classique, mais l’on arrive tout de même à apprécier leur cinéma, plus que celui de Robert Morin pour ma part.

René Clair: Quel genre de films aimeriez-vous voir créer ? »

Artaud : Je réclame des films fantasmagoriques, des films poétiques, au sens dense, philosophique du mot, des films psychiques. Ce qui n’exclut ni la psychologie, ni l’amour, ni le déballage d’aucun des sentiments de l’homme. Mais des films où soit opérée une trituration, une remalaxation des choses du cœur et de l’esprit afin de leur conférer la vertu cinématographique qui est à chercher.

I don’t want chaos, I want light, dreams and inner peace.

On est tous adultes. Fini les sottises. Poussons notre cinéma plus loin, jusqu’à l’extrême. Ne nous gênons pas de faire de la vidéo, de faire du trash, d’utiliser un trépied, d’organiser, et surtout de créer. Les protagonistes peuvent parler à la caméra, on peut faire des flashbacks, les personnages ont le droit de rêver. On ne doit pas avoir peur d’utiliser les nombreux outils narratifs que le cinéma nous fournisse (voix-off, musique, etc) L’essentiel, c’est d’amener le spectateur à être actif plutôt que passif et pour atteindre ce but, on doit maîtriser la mise en scène comme Picasso maîtrise le pinceau lorsqu’il peint Guernica. Basquiat lorsqu’il utilise des graffitis pour dessiner ses œuvres (et pas toujours sur une toile, une porte d’armoire fait l’affaire aussi).

I want to find chaos in harmony, unity